Ma lettre au président.



Capture après envoie de ma lettre


Le Mardi 14 Mai 2019, j’ai adressé une lettre au président de la république par Le site du gouvernement pour lui exprimer toute ma crainte en cette période post-électorale. Je l’ai intitulé «Je n’accuse personne » Je vous invite à le lire pour mieux comprendre.




Je n’accuse personne !


Monsieur le Président,
Me permettez-vous, dans ma modeste personne de fils de ce pays dont vous avez la charge de conduire, d'avoir le souci de votre juste honneur et de vous dire que votre fauteuil est menacé ?
Des ultimatums vous ont été lancés, des injures se profèrent à votre égard, des menaces s’enregistrent sur les réseaux sociaux. Les fakeNews affolent la toile et tissent des conversations aux propos haineux.
Tout cela me rend perplexe. J’ai peur! J'ai peur pour mon pays! J'ai peur pour l'avenir de la jeunesse! J'ai peur pour vous!  Vous faites peur à vos compatriotes! Je suis confus. Mais je ne peux vous confondre.
C’est bien à vous, Monsieur Patrice Athanase Guillaume Talon que les Béninois ont confié la destinée du Bénin par le vote historique de mars 2016. C’est vous la référence, c’est à vous le peuple demandera des comptes au soir de votre mandat présidentiel.

Cependant, je crains que votre nom soit inscrit au mauvais côté de l’histoire, inscrit dans la liste noire de la mémoire commune. On dira:
Que c’est sous votre régime que le Bénin, ancien Dahomey, a connu des élections législatives sans opposition ;
Que c’est sous votre mandat que le Bénin a connu le faible taux record de participation aux élections législatives ; 
Que c’est sous votre règne que président et anciens présidents se sont affrontés; 
Que c’est sous votre gouvernance que des tirs à balles réelles ont retenti lors d’une manifestation ;
Que c’est sous votre mandat que le sang de pauvres victimes béninoises a coulé. 
Bref, on dira que c’est par votre faute, vous, Monsieur le président que notre démocratie chèrement acquise depuis des décennies, a été conduite aux urgences de l’ONU.

Et moi, depuis le pays qui m’accueillera, si j’arrive à prendre le dernier train ; je dirai avec ma bouche si je l’ai encore, ou j’écrirai avec un bras, s’ils m’en laissent un : « C’est par votre faute, vous, Monsieur le président qu’ils m’ont arraché ma plume et brûlé ma feuille. Mes rêves sont partis en fumée… et mes souvenirs réduits en cendres. » Dans le cas contraire, pas de fleurs, ni de discours en mon honneur... A déposer sur ma tombe un stylo et une feuille. J’en aurai besoin pour rendre des comptes à Mgr Isidore de Souza, à Mathieu Kérékou, à Hubert Maga et autres.

Et vous Monsieur le président, où seriez-vous en ce moment ? Dans une pièce à la Haye ou dans votre royaume le Bénin?
Monsieur le président, je ne veux pas vivre cela. A vous non plus, je ne le souhaite guère. Ni à ce beau peuple que nous sommes. Nous ne méritons pas ça.
Cela risque même de modifier l’agenda du rêve de certains citoyens d’être président du Bénin en 2021, 2026, 2031 ou en 2036… pourquoi pas, peut-être vous en 2021 ? Qui sait ? C’est le peuple qui décide.

Monsieur le président,
Les 1er et 2 Mai 2019, j’ai reçu des dizaines de coups de fil de la part des amis et parents qui s’inquiétaient. Ils m’ont dit : « Evite d’aller en ville et sache parler de politique ». J’ai aussi appelé d’urgence des amis qui résident à Cadjèhoun pour prendre des nouvelles. J’ai vécu la peur de ma vie. Depuis que je suis né, je n’ai jamais connu de telles 48 heures dans mon pays.

Monsieur le président, 
Permettez-moi de vous faire une confidence : mes parents ne m’auraient jamais laissé aller à une audience avec vous. Ils auraient préféré me séquestrer que me laisser partir. Pas parce qu’ils sont opposants ou  de la mouvance. Non! Tout simplement parce qu’ils ont peur, peur que je devienne votre cible. Car paraît-t-il que la politique n’est pas une affaire de gosse! Sinon, j’aurais demandé à vous rencontrer tête à tête pour vous exprimer de vive voix mon inquiétude.
Alors secrètement, je me suis enfermé pour m’adresser à vous. Ils ne savent pas que je parle au président dans son palais par une lettre. Ils m’auraient surpris, ils m’auraient traité de tous les noms et me traduire en conseil de famille : « A ni ka kan wé do politiki go, fè ko dé ou, é nan ouh wé fata » (Qu’est-ce qui te regarde en politique, sois en train… ils vont te tuer gratos.)

Qu’est-ce qui me regarde ? C’est ce qu’ils disent. Vous vous rendez compte Monsieur le président !! Je suis quand même fils du Bénin. Là où j’ai vu le monde, le pays qui m’a bercé. C’est sur ces terres, j’ai esquissé mes premiers pars. Certes, je ne suis pas politicien. Je suis un citoyen. Alors j’ai mon mot à dire, j’ai à m’inquiéter quand mon pays va mal. 
La politique, le Bénin, ne se résument pas à ses vieux pour la plupart, les mêmes, ceux qui se partagent les 83 places pour aller dormir, battre les tables, s’insulter aux sièges de notre parlement. Le pouvoir n’est pas éternel, NON ! Il appartient au peuple. Je suis de ce peuple, nous sommes ce peuple, je suis CITOYEN BENINOIS! J'ai le droit, celui de dire NON.

Je ne vais citer personne car j’ai promis : je n’accuse personne. Et si votre nom est cité, vous l’auriez compris! C’est parce je n'accuse personne d'autre sinon Vous. Vous êtes le seul pour nous sortir de cette impasse politique. Je salue votre volonté et vos efforts affichés  d’avoir voulu organiser des élections inclusives. Je reconnais votre détermination de sécuriser le pays contre toute attaque en le militarisant. Je respecte votre décision d’avoir coupé Internet pendant le jour du scrutin. « J’en ai souffert mais je n'ai pu rien faire. »

Cependant, l’heure est grave. Le calme qui prévaut actuellement au Bénin n’est pas synonyme de consensus. C’est un calme hypocrite. C’est un calme surveillé. En tout cas moi, ça ne me rassure pas. 
Monsieur le président, il vous faudra convoquer l’opposition à la table de négociation. Cette fois-ci, il ne faut pas essayer, il faut le faire : trouver un consensus. Je vous le demande, je vous en prie.

J’espère vivement que vous allez le faire pour le peuple béninois. Nous sommes à quelques jours du 16 Mai, c’est encore possible.

Monsieur le président, dans l’espoir que les barrières seront levés, je vous prie monsieur le président de recevoir mes salutations les meilleures.

Enock HOUEHOU

Commentaires

  1. Belle lettre.On ressent même la peur ,la panique dans tes écritures. Espérons que notre cher président saurait prendre en compte le mal être du peuple et agir tant qu'il est temps.

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  2. Qui n'a jamais commencé ne peut jamais finir

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